Julia Small, assistante en anglais nous fait le récit de la sortie pédagogique des élèves de seconde 3 à Roscoff.

Cette sortie entre dans le cadre du projet "Les jeunes et la mer".

« Le voyage … représente une tentative pour transformer un rêve en réalité. » - Alain de Botton
J’ai commencé à rêver d’aller en France lorsque j’étais en seconde au lycée. Six ans plus tard, non seulement je suis en France, mais c’est déjà la deuxième fois. Assistante d’anglais pour l’année scolaire 2012-2013, je suis en train de réaliser plusieurs rêves : partager ma langue natale, perfectionner mon français, mieux connaitre le système éducatif français, découvrir des lieux nouveaux… Tant d’opportunités à saisir pendant mon séjour à Brest !

Une telle opportunité m’a été proposée début octobre. J’ai été invitée à participer à une sortie pédagogique avec une classe de seconde. Destination ? Roscoff. Réponse ? Oui, bien sûr ! Visiter Roscoff c’était aussi un petit rêve car aux États-Unis je travaillais avec une femme qui y était née. Le jour est alors arrivé, et je suis montée dans le car avec mon passeport et mon parapluie.

Le programme du jour a commencé par une visite du Brittany Ferries. On est monté dans un navire qui semblait énorme à mes yeux. Je viens d’Oklahoma aux États-Unis, un état très loin de la mer où on a du mal à imaginer les bateaux autrement que ceux dans les livres d’école maternelle : toujours petits, toujours anciens… C’est pourquoi la visite de ce grand navire : avec ses deux salles de cinéma, ses restaurants, et sa capacité de 1 500 passagers, était impressionnante. Bien qu’il soit difficile pour moi de retenir tous les chiffres et faits divers de la visite, j’ai retenu que la mer n’est pas seulement un lieu, c’est aussi une économie, un commerce, et un monde à part. Le Brittany Ferries emploie seulement des Français, dont la majorité travaille tant d’heures par jour qu’il leur faut choisir parfois entre le repos et le repas. Le monde maritime n’est pas toujours un monde facile !

Après la visite du Brittany Ferries, on est allé voir le centre-ville de Roscoff, notamment l’église Notre-Dame de Croaz-Batz. On m’a fait découvrir le Kouign-Amann. J’ai aussi appris que les vendeurs qui vendaient les oignons de Roscoff en Angleterre étaient appelés « Johnnies ».

Mais on ne trouve pas que des oignons à Roscoff. La pêche est également un commerce important pour cette ville et toute la région. On a donc rendu visite à la criée de Roscoff. J’avais encore le sentiment d’être dans un monde nouveau en écoutant énormément d’informations sur la pêche. J’ai trouvé intéressant d’apprendre comment le commerce de la pêche a évolué avec le temps. Avant les années 80, les vendeurs achetaient leurs poissons aux enchères. C’était un « crieur » ou le commissaire-priseur qui organisait la vente. Ensuite, pour gagner le maximum possible, chaque vendeur devait aller à la criée très tôt le matin et chacun avait son propre style et sa stratégie. Aujourd’hui, cette vente ne se fait plus à la criée mais en ligne : les vendeurs se servent de logiciels qui articulent les prix et organisent la livraison du poisson après l’achat.

Les produits à base d’algues se vendent également en ligne. Pour en savoir plus, on a visité AlgoPlus, une conserverie et boutique d’algues alimentaires. Pendant la visite on nous a expliqué la récolte, le traitement, et la vente des algues. J’ai été surprise d’apprendre que les algues sont présentes dans plusieurs produits quotidiens. Comme les algues n’existent pratiquement pas en Oklahoma, c’était charmant pour moi de les toucher et même de goûter un biscuit salé à base d’algues.

A la fin de la journée on était assez fatigué et j’admets que j’avais du mal à bien retenir tous les faits et chiffres que j’ai appris pendant la visite. Mais je suis convaincue que ce ne sont ni les chiffres ni les faits divers qui constituent l’essentiel d’une sortie pédagogique. L’essentiel est d’y aller, de voir, toucher, écouter, goûter, en un mot : de voyager. Car quand on voyage, on transforme nos idées reçues sur un lieu ou un peuple, en la réalité telle qu’elle est. Je pense que c’est pareil pour l’éducation. Le rôle d’un professeur n’est pas seulement de faire apprendre les faits, mais il doit aussi donner aux élèves l’envie de ne pas seulement imaginer les choses mais d’aller plus loin : il faut aller voir !

Je suis reconnaissante pour cette occasion à la fois de réaliser certains de mes propres rêves et d’inviter mes élèves à construire les leurs.